Jeudi 29 janvier 2009
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Par Kraing Meas
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Grèves et manifestations: le plein anti-Sarko
Le président en première ligne. Partout, sur les affiches, cité dans les slogans, griffonné sur des papiers. Son nom crié, hué, accommodé à toutes les sauces. Il était bien sûr question de
pouvoir d'achat, de suppressions de postes dans la fonction publique, de vagues de plans sociaux dans le privé, de salaires en berne. Mais Nicolas Sarkozy était la première cible, loin devant les
banquiers, les patrons ou les ministres, des centaines de milliers de personnes qui ont manifesté ce jeudi dans toute la France.
Cela fera sans doute réfléchir à l'Elysée, tant le gouvernement – et ne parlons pas du premier ministre – a semblé absent de cette journée d'action et de grève interprofessionnelle appelée par
tous les syndicats. Pas de fusible: François Fillon et son discours déterminé, mardi à l'Assemblée lors de la discussion de la motion de censure déposée par les socialistes, ont été évacués.
Sarkozy, l'hyper-président, se retrouve ainsi hyper-exposé. D'où la prudence et la rareté des commentaires des responsables de la majorité à l'issue de cette journée de mobilisation, «la plus
importante depuis vingt ou trente ans», assure François Chérèque, le dirigeant de la CFDT.
Les querelles de chiffres menacent d'être inhabituelles tant ceux donnés aujourd'hui par les préfectures semblent éloignés des réalités. La CGT revendique 2,5 millions de manifestants dans 195
cortèges, la police en compte 1,2 million. Aux 65.000 manifestants de Paris dénombrés par la préfecture, répondent les plus de 300.000 revendiqués par la CGT. Bastille-Opéra: le cortège s'est
étiré pendant plus de quatre heures et c'est, sans grand doute, plus de 250.000 personnes qui l'ont rejoint à un moment ou à un autre. Même polémique à Marseille, habituée des grandes
manifestations, où la police compte 24.000 quand les organisateurs parlent de 300.000!
Une forte présence des salariés du privé
Un autre indicateur a été brandi, non sans raison, par les responsables des mouvements syndicaux: la forte présence des salariés du privé, en particulier en région. Les vagues de plans sociaux –
et pas seulement dans les grands groupes – ont fait descendre dans la rue bon nombre de salariés. Dernier indicateur enfin: la variété des secteurs professionnels représentés qui ont donné aux
cortèges des couleurs inhabituelles bien différentes des manifestations traditionnelles suroccupées par les gros bataillons syndiqués de la fonction publique.
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La fonction publique a pourtant fortement suivi cette journée. A la SCNF et dans les réseaux de transports publics, à La Poste, EDF, mais aussi dans l'éducation nationale où la moitié
des enseignants du primaire et près d'un tiers du secondaire se sont mis en grève. Une surprise est venue des transports publics: alors qu'un quart à la moitié des salariés, selon les
réseaux, ont fait grève, la «grande congestion» ne s'est pas produite. A Paris, métros et bus ont fonctionné. Du coup Le Figaro, relayant des appels de députés de la
majorité, qui appelait à revoir d'urgence le service minimum pour que cesse la «prise en otages» des usagers, s'est retrouvé pris à contre-pied.
De l'ampleur de cette mobilisation, de la diversité des revendications et des secteurs représentés, chacun tentera de tirer ses propres leçons. Grève catégorielle; grève pour le
pouvoir d'achat et un "plan de relance" par la consommation et les salaires, comme le voulaient les syndicats; grève plus politique et désaveu du gouvernement... Chacun tirera ses
conclusions.
Côté syndical, les sourires s'affichent. Au soir de ce 29 janvier, la question stratégique devient essentielle: que faire de cette mobilisation massive? Maryse Dumas, la numéro deux
de la CGT, insiste : «Le gouvernement, les employeurs et le patronat doivent répondre à la position commune que nous avons définie avant la manifestation. Or pour l'instant, nous n'avons aucune réponse.»
Les syndicats se réuniront lundi 2 février, à 18 heures, au siège de l'Unsa, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), pour en décider. «Notre décision dépendra en partie de la réponse que
feront les pouvoirs publics à la mobilisation d'aujourd'hui», a déjà affirmé Alain Olive, le secrétaire général de l'Unsa. Tel est bien le
principal écueil qui se dessine désormais. Car l'exécutif, qui s'attendait à une mobilisation importante, s'est bien gardé de stigmatiser les grévistes de ce 29 janvier. Il est
probable qu'il reste fort prudent au cours des prochains jours, afin de ne pas donner le sentiment de provoquer les centaines de milliers de manifestants. Le ministre du travail Brice
Hortefeux n'a-t-il pas, depuis sa nomination le 19 janvier, interprété à merveille le pacificateur rassurant, se définissant comme «le ministre de la porte ouverte»?
Au fait, et les socialistes?
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Un autre enjeu de cette journée était la place que parviendrait à prendre le parti socialiste dans la mobilisation. Et où donc seraient ses dirigeants? Question discutée depuis le
début de la semaine... Ce jeudi avait valeur de test, pour une nouvelle direction socialiste qui avait inscrit le "retour dans la rue" comme préalable à la reprise en main du parti.
Tout en craignant d'y retrouver ses vieux démons qui l'avaient progressivement éloigné des cortèges. Ni boule de neige (comme Hollande à Guéret), ni œufs (comme Fabius à la fête de
l'Huma), ni insultes tout court. Dès les premiers instants de la manif, l'entourage de Martine Aubry se disait rassuré: «Tout dépend des anarchistes en général, et là on a placé
notre point fixe juste à côté d'Alternative libertaire. Tout va bien.»
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Malgré le barnum médiatique qui l'entoure et rend sa progression difficile à la rencontre des leaders syndicaux, la maire de Lille n'essuie guère de quolibets. Tout juste
entendra-t-on un cégétiste d'une cinquantaine d'années s'écrier: «Ça fait du bien de vous revoir, même si à cause de vous on en a perdu des droits sociaux!» Entourée de
Benoît Hamon, François Lamy, Claude Bartolone et Harlem Désir, la nouvelle première secrétaire la joue modeste et rejoint le "point fixe du PS" au bout d'une vingtaine de minutes.
Le point fixe en question se tient à la station de métro "Filles du calvaire", sans qu'aucun n'y voit un quelconque clin d'œil d'après-congrès. Toutes les fédérations
franciliennes sont là, arborant badges, autocollants et banderoles. Au centre, Martine Aubry souffre d'une faible exposition au cortège qui défile, en raison de la trentaine de
caméramen et photographes qui lui font face et de sa petite taille.
Bertrand Delanoë est à la gauche d'Aubry, mais sourit timidement. On aperçoit aussi Arnaud Montebourg, Jean-Christophe Cambadélis, Anne Hidalgo ou Jean-Paul Huchon. Egalement
présents durant la première demi-heure, les "royalistes" Manuel Valls, David Assouline et Vincent Peillon. Selon ce dernier,
«le PS est à sa place, aux côtés des syndicalistes, mais
sans désir d'instrumentaliser le mouvement». En route pour
«saluer des amis dans la manif», ils passent devant le stand du Parti de gauche.
«Et si on allait saluer
Jean-Luc?» lance Assouline. Une embrassade cordiale devant caméras plus tard, Mélenchon goûte moyennement le geste d'amitié.
«Il faut avoir les yeux dans le dos, c'est quoi
cette manip ?»
Au MJS, une Internationale reprise en chœur...
Le sénateur de l'Essonne a disposé les troupes de son nouveau parti (dont le congrès fondateur se tient ce week-end) tout au long du parcours, afin de diffuser une large propagande de
circonstances. Mais il se félicite de «revoir le PS ici, plutôt que replié dans son bunker». Avant de tacler: «J'espère que ça va leur donner des vitamines et que ça les rendra moins
mollassons que leur plan de relance plan-plan.»
Le Mouvement des jeunes socialistes, lui, semble comme irradié de bonheur. Son président, Antoine Détourné, se démène au mégaphone et confie: «Toutes les remontées des régions sont
ultra-positives, on était dans les cortèges et pas à côté. Ça fait du bien d'entendre des vieilles chansons avec des militants PS autour.»
Et pour cause. À tous ceux qui reprochent à la nouvelle direction d'être préemptée par la "jeune garde" gauchiste du parti, le moment presque irréel d'une Internationale reprise en chœur par les
militants du MJS, à quelques mètres des anciens, risque d'en inquiéter plus d'un. Même s'il s'agit d'une Internationale light, où l'on crie "SFIO!" au milieu du refrain (écoutez le son).